Hyperacousie? Make some noise!

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Hyperacousie

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Parmi les moults petits symptômes gênants dont j’ai écopé en développant une maladie de merde, figure l’hyperacousie, du moins (je cite) “une forme d’hyperacousie“.

Lhyperaquoi?

Acousie, l’hyperacousie. Pour vous la faire courte, c’est une perception augmentée des sons. Tous les sons qui vous entourent. Dans mon cas, ça a été assez 4ème dimension quand ça a commencé à se manifester. Ca avait un côté fun au début, façon Super Jaimie, oreille bionique, etc… Je percevais des sons que d’autres autour de moi ne percevaient pas.

Et puis ça a commencé à prendre de l’ampleur. Une chasse d’eau, c’était les chutes du Niagara, un chat qui buvait dans son bol d’eau, même dans une autre pièce, c’était un truc de dingue, façon film d’horreur. Le moindre “petit” bruit prenait des proportions phénoménales. Ça a commencé à créer un brouhaha constant dans mon crâne. On se rend pas compte à quel point le quotidien est rempli de petits sons, auxquels en temps normal on fait pas attention, mais effroyablement nombreux, qui s’enchaînent et se superposent.

Aucun répit

Hyperacousie Surcharge CerveauUn chien qui aboie, même au loin ; une voiture, moto, mobylette, train, avion, tondeuse, débroussailleur, même au loin ; un oiseau, une respiration, une ventilation, le tic-tac d’une horloge, montre, un insecte qui bourdonne, un appareil en veille, des gens qui parlent, même au loin… Non seulement l’enchaînement constant ne laisse aucun répit, mais le chevauchement de ces sons, leur superposition, rend l’ensemble inaudible. Beaucoup trop d’informations pour le cerveau, qui peine à distinguer l’essentiel du superflu, qui ne sait pas quel choix faire, quelle priorité donner. Quelqu’un qui me parle tout en jouant avec son trousseau de clé et ça y est, je perds le fil de la conversation, mon cerveau n’arrive plus à se focaliser.

Socialement

Evidemment, socialement c’est compliqué. On n’arrive plus à suivre les conversations. Au-delà d’une seule personne en face de soi, la communication devient compliquée. Et puis on en vient à ne plus supporter le moindre bruit. Au boulot, les collègues qui arrivaient en jouant avec leurs clés, qui cliquaient frénétiquement sur leur stylo, qui tapaient comme des sourds sur leur clavier d’ordinateurs ou même un simple grattage de bras…. Tout ça m’était pénible, difficile, compliqué. Encore plus compliqué (et j’ai fini par jeter l’éponge) : faire comprendre. Quand t’expliques, en face de toi on comprend bien sûr, on est navré, on te plaint. Mais on oublie bien vite alors que pour toi le problème est toujours présent. Et tu sais que tu ne peux pas en vouloir aux autres, que tant qu’on n’a pas vécu ça, ça va au-delà de la compréhension. Et tu le sais.

Et la musique alors?

Ecouteurs intra-auriculairesC’est là que mes écouteurs intra-auriculaires sont devenus mes meilleurs amis. Le seul moyen d’en profiter pleinement, sans bruits parasites pour détourner mon attention. Juste moi, et la musique. Dans le creux de mon oreille, barrant la route à tout autre son. Le volume sans doute un poil trop fort, mais finalement ma santé mentale en dépend.

Et les concerts. Même si ça n’offre pas le même confort, arriver près d’une scène et ne ressentir que la vibration des basses, et le son suffisamment fort pour faire passer le reste au second plan.

Et maintenant?

J’ai commencé à avoir ce problème il y a quelques années maintenant. Depuis, 2 possibilités. Soit le symptôme s’est “calmé”, ça a baissé en intensité, l’inflammation a pris fin et la lésion de la fibre nerveuse concernée se réduit petit à petit, lentement mais sûrement. Mon système nerveux central se répare, ne laissant qu’une vague séquelle. Soit mon cerveau s’est habitué. Il a appris à faire le tri, à donner la priorité, à “faire avec“. Bien sûr cette forme d’hyperacousie est toujours présente, et je crois qu’elle le sera toujours. Mais plus ou moins intense selon l’état général, la fatigue, le stress. Des jours avec et des jours sans.

Je garde de cet “épisode” l’utilisation de mes sacro-saints écouteurs, cette sensation d’avoir la musique au creux de mon oreille. Cette possibilité de pouvoir apprécier chaque note, chaque instrument, chaque sonorité, au plus près de moi, directement pour moi sans le moindre obstacle.

music

On imagine pas l’enfer que ça peut être au quotidien ce genre de truc, aussi insignifiant que ce soit sur un plan “pathologique”. C’est compliqué socialement, c’est compliqué pour l’entourage, et putain que c’est compliqué pour soi, parce que de un, on morfle, et de deux, on essaye quand même de prendre sur soi. Concernant ce symptôme, j’pense pouvoir dire que le pire est derrière moi. Mais j’en garde et en garderai une trace indélébile. Voilà, mon hyperacousie, c’est comme ça que je l’ai vécue, et que je la vis.

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